Vous venez de lire "flore polymicrobienne" sur vos résultats de prélèvement vaginal. Ce terme médical peut inquiéter, mais dans la majorité des cas, il n'annonce rien de grave. Décryptage.
Polymicrobienne : plusieurs bactéries, et c'est normal
Votre vagin héberge entre 50 et 200 espèces bactériennes différentes. Quand le laboratoire note "flore polymicrobienne", il constate simplement cette diversité naturelle. Ce n'est pas un diagnostic, juste une observation.
La vraie question n'est donc pas "ai-je plusieurs bactéries ?", vous en avez forcément, mais plutôt "lesquelles dominent ?".
Apprendre à lire et interpréter les résultats d'une analyse microbiote
Cherchez trois informations clés dans votre analyse :
- Vos lactobacilles sont-ils mentionnés comme "abondants" ou "prédominants" ? Si oui, votre flore fonctionne correctement. Ces bactéries protectrices maintiennent un pH acide entre 3,8 et 4,5 qui empêche les indésirables de s'installer.
- Le laboratoire signale-t-il des bactéries spécifiques en quantité élevée ? Gardnerella vaginalis associée à d'autres anaérobies pointe vers une vaginose. Candida indique une mycose.
- Si votre analyse inclut un score de Nugent, fiez-vous à lui : entre 0 et 3, tout va bien ; entre 4 et 6, votre flore est intermédiaire ; au-dessus de 7, une vaginose est probable.
Flore polymicrobienne sans symptômes : faut-il s'inquiéter ?
Non.
Si vous n'avez ni pertes inhabituelles, ni odeur désagréable, ni démangeaisons, votre corps gère parfaitement son équilibre. Une flore vaginale polymicrobienne avec des lactobacilles dominants ne nécessite aucun traitement.
Votre microbiote vaginal fluctue naturellement selon votre cycle, votre activité sexuelle, votre niveau de stress ou une prise d'antibiotiques. Ces variations sont normales et généralement temporaires.
Les situations qui nécessitent de se poser des questions
Consultez si votre résultat s'accompagne de signes concrets :
- Des pertes grises ou jaunâtres,
- Une odeur de poisson (surtout après un rapport),
- Des brûlures ou des irritations signalent un déséquilibre qui nécessite probablement un traitement.
Une vaginose bactérienne non traitée peut favoriser des infections urinaires récidivantes ou compliquer une grossesse. Mieux vaut donc ne pas ignorer ces symptômes, même s'ils vous semblent bénins.
Vos lactobacilles peuvent en prendre un coup
Plusieurs habitudes du quotidien fragilisent vos lactobacilles, parfois là où on ne les attend pas.
- Les douches vaginales, par exemple, semblent relever du bon sens hygiénique sauf qu'elles éliminent les bonnes bactéries au passage.
- Les antibiotiques, eux, n'épargnent personne : même prescrits pour une angine, ils déciment temporairement votre flore protectrice.
- Autre facteur moins connu : le sperme. Son pH alcalin perturbe l'acidité vaginale à chaque rapport non protégé.
- Ce n'est pas un problème en soi, mais en cas de vaginoses récurrentes, le sujet vaut une discussion avec votre médecin.
- Quant au tabac, il agit sur deux fronts : il réduit la concentration en lactobacilles et affaiblit la muqueuse vaginale.
Comment préserver son équilibre ?
Limitez votre toilette intime à la zone externe, avec de l'eau ou un produit au pH physiologique. Oubliez les déodorants intimes et les lingettes parfumées qui agressent votre muqueuse.
Après un traitement antibiotique, des probiotiques vaginaux peuvent accélérer le retour de vos lactobacilles. Demandez conseil à votre pharmacien ou votre médecin pour choisir une formule adaptée.
Les sous-vêtements synthétiques et les jeans serrés créent un environnement chaud et humide où les bactéries indésirables prospèrent. Privilégiez le coton, au moins la journée.
L'essentiel à retenir
Une flore vaginale polymicrobienne signifie que plusieurs bactéries cohabitent dans votre vagin, exactement comme chez toutes les femmes. Ce terme ne constitue pas un diagnostic. Seul le déséquilibre entre ces bactéries, notamment la chute des lactobacilles protecteurs, pose problème.
Sans symptômes, vous n'avez rien à traiter. Avec des signes inhabituels, votre médecin saura interpréter vos résultats dans leur contexte et vous proposer une prise en charge adaptée.
